Vue du continent, Saint-Louis semble assoupie, paresseuse derrière ses murs blancs et ocres qu'éclairent si généreusement les reflets du soleil sur le "grand bras" par matin calme.
Lorsque l'on enjambe le pont Faidherbe, l'on découvre en plus d'une société dont les manières d'être et la convivialité sont si singulières, un trésor d'infrastructures et d'édifices, témoins de l'histoire glorieuse de la vieille cité.

A pied ou en calèche, à travers des rues aux noms évocateurs (Repentigny, Anne Marie Javouhey, Blanchot, Pierre Loti...), vous pourrez aller à la découverte du parcours urbain mis en place par le Syndicat d'Initiative de Saint-Louis.

Venant du quartier de Sor sur le continent, on accède à l'île par l'unique liaison, le pont Faidherbe. Ouvrage métallique de 507 m de long et de 10,50 m de large, le pont est composé de sept travées en arche dont la deuxième à partir de l'île est conçue pour pivoter autour d'un axe fixe afin de laisser passer les navires.
La chaussée centrale est bordée de deux trottoirs piétonniers. Vieux de 113 ans et aujourd’hui en chantier de rénovation, ce pont a été inauguré le 19 octobre 1897.

Lorsque l'on arrive dans l'île en descendant du pont Faidherbe, la vue est remplie par un bloc d'édifices composites communément appelé Gouvernance. De l'ancien fort colonial, partie de la Gouvernance, subsistent encore des murs à la base très épaisse, vestiges des premiers contreforts, visibles de la rue Milles Lacroix. A l'ouest, la Gouvernance s'ouvre sur une place ombragée portant le nom du Gouverneur Faidherbe dont la statue trône imperturbable dans le jardin.

Cet espace de rencontre et de promenade est bordé au nord et au sud par deux bâtiments imposants, à l'origine identiques, les anciennes casernes d'Orléans baptisées Rogniat, qui abritaient des garnisons militaires.

De part et d'autre de cette place centrale, les deux quartiers de l'île : le Sud ou Sindoné et le Nord ou Lodo. Au fil du parcours, vous pourrez découvrir quelques édifices anciens à l'architecture typique.
Dans le Sud, première zone d'implantation européenne, appelé également Kertian (déformation de chrétien, confession des européens et des métis), on tombe dès le contournement de la Gouvernance sur la Cathédrale. Consacrée en 1828, elle fut la première église de l'Afrique de l'Ouest. Vous pourrez admirer sa façade néoclassique, son porche avancé et son fronton surmonté d'une statue de Saint-Louis.

Sur le même alignement, vers l'ouest, l'ancienne école des Frères Ploërmel (1841), devenue au début du siècle Etablissements Peyrissac, conserve encore ses façades d'époque.
Vers le "grand bras", un magnifique bâtiment blanc au balcon en 1er forgé richement décoré; d'abord siège du Conseil Général, il devint Conseil colonial puis Assemblée Territoriale, Assemblée Régionale et depuis peu. Centre Culturel Régional. Une fois franchie la lourde porte en bois, vous pourrez admirer le superbe plafond de bois à caissons peints.

Allez vers la pointe Sud, vous pourrez découvrir l'ancienne maison des Sœurs de St- Joseph de Cluny devenu aujourd'hui Service Régional des Impôts. File offre l'une des plus intéressantes originalités de St-Louis avec son escalier monumental aux deux volets circulaires.
Avant d'arriver à la pointe sud de l'île, halte au lycée Ameth Fall dont les bâtiments construits en 1840 sur l'emplacement du premier cimetière chrétien, abritèrent successivement l'hôpital civil puis le collège Blanchot avant de devenir lycée de jeunes filles. Sa cour majestueuse, l'équilibre de son architecture offrent une sensation de douce intimité.

Accolé au lycée, un bâtiment plus moderne, le Centre de Recherche et de Documentation du Sénégal (CRDS), ex Institut Français d'Afrique Noire (IFAN), construit en 1954, abrite une importante bibliothèque, un trésor inestimable d'archives de l'AOF. Ne manquez pas la visite du musée et de la galerie d'exposition d'art moderne.

De l'esplanade du CRDS, la vue est large et belle sur le plan d'eau qui s'écoule vers l'embouchure. Au delà, sur la Langue de Barbarie, le quartier populeux de Guet N'Dar qui organise chaque année de grandes régates, le cimetière et l'hydrobase d'où partit Jean Mermoz pour sa traversée de l'Atlantique. A l'Est, les quartiers plus récents de Sor, le St- Louis moderne.

Retour vers le quartier Nord par les quais qui longent le grand bras. Commencée en 1830, la construction des quais tout autour de l'île fut renforcée par Faidherbe et achevée par Roume.
D'abord en bois puis de plus en plus en maçonnerie, ils permirent d'assurer la voirie et la salubrité de l'île de même que sa protection définitive contre les inondations.

Sur ces quais étaient débarquées et embarquées des marchandises qui faisaient l'objet du commerce fluvial. Les entrepôts alignés en enfilade, particulièrement sur les quais nord, témoignent de la prospérité d'antan.

Ces maisons de commerce bordelaises et marseillaises (Maurel et Prom, Devès et Chaumet. CFAO etc...) occupaient généralement tout un îlot avec une cour intérieure fermée ; côté fleuve des entrepôts où étaient stockées les marchandises débarquées ; côté rue, des boutiques à grandes portes en bois et vitrine au rez-de chaussée et appartements des négociants à l'étage avec vastes terrasses et balcons à balustrade.

Au bout des quais Nord, après l'Ecole Française, une grande silhouette en fer se détache, c'est la grue à vapeur de vingt tonnes. Témoignage vivant de l'intensité du commerce fluvial de l'époque, cet ouvrage à vapeur est probablement l'un des rares existant encore au monde.

De la grue, on s'achemine vers l'intérieur du "Nord" dans les quartiers militaires. Le long des allées Jean Mermoz, c'est une succession d'édifices anciennement à vocation militaire : le Consulat de France et ses annexes, la caserne des Sapeurs-pompiers logée dans l'ancien camp des Spahis dont l'histoire meuble le "Roman d'un Spahi" de Pierre Loti, l'Intendance Militaire, etc.

Plus loin, à gauche, le camp El Hadj Omar, ex camp Archinard, abritant l'ancienne poudrière et les cantonnements des "Tirailleurs Sénégalais".
De la pointe nord, vue sur l'amont du fleuve, juste en face, l'île de Bopp Thior où fut installée la première briqueterie de la Région.

En revenant vers le centre, à la limite des allées, la Grande Mosquée, de style maghrébin fut édifiée par l'administration coloniale à l'intention de la communauté musulmane grandissante. Le clocher logé dans son minaret gauche reste une énigme.
Plus au centre encore, deux édifices voisins sur la rue Brière de l'Isle : le palais de justice construit en 1841 dont l'escalier monumental et le portail en fer forgé frappent le visiteur, et la Maison militaire à l'architecture si bien conservée. Ce dernier édifice, dit-on, aurait été bâti sur l'emplacement de l'habitation du gouverneur Schmalt rescapé du fameux radeau de la Méduse.

Tout au long du parcours de découverte, le visiteur aura remarqué le caractère typique des habitations.
C'est d'abord la maison à étage et toits de tuiles avec au rez-de chaussée de grandes pièces aux lourdes portes en bois servant de boutiques. Côté rue comme côté cour, les appartements en enfilade aux plafonds hauts en bois et aux nombreuses ouvertures donnent sur des balcons avec balustrades en sapin et en fer forge. Par temps chaud, l'intérieur offre une grande fraîcheur. Et l'on imagine la vie douce et aisée que les Signares, ces belles métisses qui font encore rêver, menèrent en ces lieux.

C'est ensuite, plus loin du centre ville, au nord comme au sud, la maison basse dite maison portugaise. Généralement petite, construite en dur, elle est couverte en tuiles rouges à double pente et souvent en terrasse. On y accède par un porche décoré avec un portail en bois. A l'intérieur les chambres alignées ouvrent sur une large véranda fraîche.

Une fois la visite de l'île achevée, vous pouvez traverser le pont Servatius en direction de la Langue de Barbarie.
Guet-NDar, le quartier des pêcheurs, frappe par ses ruelles étroites toujours animées, par l'incroyable enchevêtrement de ses habitations, et sur la plage, par un alignement impressionnai de grandes pirogues bariolées si adaptées au franchissement de la barre. Plus loin, le cimetière des pêcheurs aux lombes recouvertes de filets parait étrange. Disposés à même les tombes ou fixés sur des piquets en bois, les filets étaient à l'origine, l'unique moyen de protéger les sépultures contre les chacals et chiens errants.

Dans les quartiers de Sor, près du marché, la superbe petite gare et son harmonieuse superposition de toitures, et plus loin, l'ancienne Ecole des Otages devenue Khayar M'Bengue, sont à voir.